Navigation de deux kayaks LÉO, leurs pagayeurs et un monstre en Ria d’Étel (56)

Les trois jours du Léo…(clin d'œil aux cinéphiles)

Rédigé par le dans les rubriques et

Nos deux Léo, Léonord et Léo’tarie, ayant décidé de se pacser, nous les avons accompagnés dans ce qu’on peut appeler leur voyage de noces, qu’ils avaient choisi de passer en Armorique. Voici le récit de cette aventure.

Jour 1 – Dis Tonton, c’est quand la renverse ?

Partis de Nantes sous un ciel radieux, nous avons été vite rattrapés par la réalité bretonne. Dès le passage de la Vilaine, il pleuvait dru…mais comme prévu, allant vers l’ouest, nous avons traversé le front pluvieux et atterri au camping Saint-Cado près d’Etel sous un ciel nettoyé, mais plutôt venté (Sud-ouest force 4). Je vous passe les détails de calcul de marée et le choix d’un parcours protégé du vent…Direction la Laïta à Quimperlé.

Picnic au bord du quai à marée haute, l’eau commence à descendre. On notera que nos kayaks ne se quittent pas et se dévorent des yeux, c’est beau l’amour ! Il est 14h, en route.

 

Et c’est là que ça devient intéressant.

D’abord on se dit, comme c’est écrit dans le guide, qu’on va aller peinards jusqu’au Pouldu, boire une p’tite bière et retour frisou avec le courant qui va nous pousser comme deux gros fainéants qu’on est, et qu’on sera rentrés à l’aise à 19h pour l’apéro. Eh bien, c’est pas du tout cuit !

D’abord on cherche le fameux courant porteur, genre entrée du Golfe à Port-Navalo. Il y en a bien un semblant, mais si faible que le vent debout qui nous attend au détour des méandres est le plus fort. La réponse est simple : la Laïta est comme un lavabo, elle se vide par en-dessous.

Ensuite, grosse frayeur, on rencontre un monstre…

Thon, dauphin, lotte, silure, goujon, ablette ??? Matez les dents !

Y’a des fuites dans le lavabo…

 

Et si on se faisait happer par le même, mais vivant ?

À 16h30, c’est l’heure du goûter et la crêperie de Saint-Maurice nous fait de l’œil.

Comme il y a là de bonnes bières artisanales et des crêpes dignes de ce nom, on ne fera pas les 4 derniers kilomètres jusqu’au Pouldu (sage décision, on verra pourquoi plus loin).

En arrivant, on voit que l’eau est bien descendue, ce qui confirme l’hypothèse du lavabo.

 

 

Auprès de mon arbre...

Une heure, deux crêpes et deux bières plus tard, on se dit que vu l’heure de la basse mer, l’âge du capitaine, le vent, la lune et l’apéro qui nous attend, on va remonter pépère, se changer et trouver un bon resto. Deux heures et demi pour descendre, donc une heure et demi pour remonter avec le courant. À 19h, on est rendus.

En arrivant aux kayaks, qu’on croyait voir flotter fièrement, tellement qu’on les avait bien amarrés, nœud de cabestan réglementaire, cruelle déception !

 

Y’a encore moins d’eau !  Ils ont pas réparé la fuite.

 

C'est trop beau, et on voit bien le banc de sable

Le doute saisit le navigateur que je suis et qui en a vu d’autres. Comme le disait Raymond Devos « la mer est démontée, quand est-ce qu’ils la remontent ? »

On est déjà à BM+2 et ça continue à descendre !

On part faire une excursion sur la colline, très joli point de vue, avec en prime les vestiges d’un éperon barré (non daté, néolithique ou celtique ?), comme quoi on n’est pas que des muscles…

 

À 18h30, une heure plus tard, l’eau descend toujours et on se dit qu’on va mettre au moins trois heures pour rentrer. Arriver de nuit en territoire inconnu, c’est pas top. On se décide à partir.

Animés d’une rage folle de ne pas rater l’apéro, nous avons dû battre le record des plus de 60 ans sur ce trajet et à 20h30 nous étions à quai et toujours à marée basse, plutôt rincés. Heureusement que le resto a bien voulu de nous…

 

Jour 2 – Dis Tonton, pourquoi y’a pas d’eau sous mon kayak ?

Quand on se lève, grand beau, vent nul. Enfin du temps à glander.

Rebelote la marée, l’âge du capitaine, etc… Direction Nostang au fond de la mer d’Etel (appréciation noble et méritée, car quand on est au milieu, on est vraiment tout petits).

Echaudés la veille, on attend que le courant soit franchement installé et il est bien là !

On va partir 

 

On est partis 

Nantis de tout le matériel de sécurité raisonnable (carte, compas de relèvement, VHF, fusées, coussin gonflable pour tenir la pagaie) et après avoir révisé la manœuvre de remise à flot d’un kayak plein d’eau, on se sent plutôt bien armés pour partir à l’aventure.

 

Il est content le Michel

 

Tout au fond de la ria

 

Remontée très sympa avec beaucoup d’oiseaux (cygnes en vol, sternes, canards de toutes sortes) et quelques humains intéressés par nos bateaux (mais qui nous ont pas offert l’apéro), puis exploration au-delà du fond de la ria et picnic près d’une petite plage.

Quand ça commence à descendre, on se dit qu’il est temps de partir, avec le célèbre courant de marée dont ils parlent dans les livres. Au début, le doute s’insinue. Et si c’était comme la Laïta ?

En plus, y’a quasiment pas d’eau sous les pagaies, mais il y a beaucoup de vase ! Un peu crispés, on atteint enfin le bout du chenal où se trouvent quelques bateaux au mouillage. Pour la suite, on nage dans le bonheur, gentil courant, ciel bleu…mais les météorologues me comprendront, le halo de 22° autour du soleil et la bascule du vent au SE, ça ne présage rien de bon…

Comme on est contents de nous, on va dire bonjour à Saint-Cado et boire une bière (j’étais en manque).

 

Pietà à Saint-Cado, bande de mécréants !

 

 

Jour 3 – Dis Tonton, c’est quand que le vent tombe et qu’il arrête de pleuvoir ?

Dans la nuit, j’entends comme un martèlement sur la toile de la tente. Eh oui, il pleut.

Au matin, profitant d’une accalmie, on replie le matériel et réunion de crise. La météo annonce une quinzaine de nœuds de sud-ouest avec des rafales à 20-25. On assure, on va juste faire un tour à l’est près de la côte et pousser jusqu’à la Forest. On sera abrités. Mais…

Le départ est plutôt cool, il fait assez chaud et le vent est faible. On se paie un extra en passant sous la digue qui relie l’île Saint-Cado à la terre.

 

Il va passer ?

 

 

Il est passé !

 

Mais vite fait ça se gâte et on se ramasse une ondée carabinée avec le vent qui monte d’un coup. Branle-bas de combat, la visibilité tombe. On se pose sur une plage, jupe, veste étanche, chapeau sur les oreilles, concertation, on y va, on n’y va pas ? On y va, on est des costauds !

Mais navigation en restant bien proches, point à point, vérification de notre localisation à chaque point d’arrêt avec définition de l’objectif suivant. Vent arrière ça va bien et on atteint un endroit de picnic sur la Forest, à l’abri du vent et relativement de la pluie. Ça siffle là-haut et les vagues sont bien abruptes avec de beaux moutons…Force 6 ?

 

 

Picnic à l’abri

 

Le retour fut éprouvant. D’abord il a fallu traverser pour rejoindre la côte, vu qu’on était sur une île. Ensuite, on a fait en sorte de gérer la sécurité en restant le plus possible abrités et en longeant au maxi la côte, mais à chaque traversée de baie et à chaque pointe, c’était une lutte pour avancer de quelques mètres. En plus la peur qu’une vague et une rafale bien coordonnées retournent le bateau, la pagaie qu’on craint de voir s’envoler…Les conditions de navigation étaient vraiment musclées ! Et la fin ne fut pas facile, faire le tour de l’île Saint-Cado et subir le ressac de la digue qui envoyait des vagues dans tous les sens, c’était chaud, si on peut dire…

Entre temps, on était allés faire le buzz à la fontaine de l’ermite.

 

Ouf se dit-il, bientôt arrivés !

 

Les pros du selfie

 

 

En rentrant le soir, j’ai vu sur le site https://www.windmorbihan.com/ qu’on a eu 25 nœuds établis (force 6 confirmé), avec des rafales jusqu’à 33,7 nœuds, soit presque force 8.

Bravo Léo !

Gérard Valentin.

 

 

 

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